Le fascisme iranien, principal exportateur d’antisémitisme

Il y a une semaine s’est ouverte à Genève la pseudo-conférence de l’ONU contre le racisme, souvent appelée Durban 2 (en référence à la première telle conférence de 2001 à Durban en Afrique du Sud).

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a donc été invité à prononcer un discours « contre le racisme ». Au moment où Ahmadinejad a commencé à parler de la Palestine, les émissaires européens se sont levés et ont quitté la salle.

Voilà les faits bruts.

On nous a demandé, à HaPoel HaAntifashisti, ce que l’on en pensait. Pour nous, cela fait intégralement partie de ce vieux monde en décomposition, donc nous n’avons pas à être « pour » ou « contre ».

En revanche, cela peut avoir un lien avec le développement du fascisme, aujourd’hui en France. En ce sens, il est peut-être bon de rappeler quelques faits.

1) Le discours d’Ahmadinejad était-il raciste et antisémite ?

En réalité, ce n’est même pas forcément la question. Toute la gauche française est tombée (sciemment pour certains, naïvement pour d’autres) dans le piège de savoir si le discours en soi était antisémite ou pas, alors qu’il est clair qu’Ahmadinejad est un antisémite et un négationniste forcené.

Mais puisque vous posez la question, nous allons y répondre.

Oui, le discours d’Ahmadinejad était antisémite. C’est un délire antisémite sur la domination des « sionistes » :

« Ces gouvernements ont toujours soutenu ou sont restés silencieux face aux actes infâmes du régime sioniste. Fort malheureusement la raison de leur soutien et de leur silence est que le sionisme égoïste et barbare est parvenu à pénétrer profondément leur structure politique et économique, ce qui inclut leur législation, leurs médias de masse, leurs entreprises, leur système financier et leurs agences de sécurité et de renseignement. Ils ont imposé leur domination au point que rien ne puisse être fait contre leur volonté. Dans certains pays, même les changements de gouvernement ne font jamais fléchir le soutien aux sionistes, bien qu’ils soient tous conscients de leurs crimes : cela est en soi fort regrettable.

Tant que la domination sioniste se maintiendra, de nombreux pays, gouvernements et nations ne seront jamais en mesure de jouir de la liberté, de l’indépendance et de la sécurité. Tant qu’ils seront au sommet du pouvoir, la justice ne triomphera jamais dans le monde et la dignité humaine continuera d’être offensée et piétinée. »

« L’action militaire contre l’Irak n’a-t-elle pas été planifiée par les sionistes et leurs alliés de l’administration U.S. d’alors ? »

Si ce n’est pas de l’antisémitisme complotiste se parant de l’antisionisme, alors nous ne savons pas ce que c’est d’autre.

2) Ahmadinejad est-il légitime pour parler de racisme ?

Clairement pas. L’État iranien est un État fasciste, où les révoltes populaires sont nombreuses et très durement réprimées, et qui entretient (difficilement) une mobilisation de certaines couches des masses par une idéologie violemment antisémite et faussement anti-impérialiste.

L’État fasciste iranien n’a pas de leçon à donner sur le racisme (comme sans doute aucun État au monde), notamment quand on connaît la guerre permanente que subissent les libérations nationales baloutche, azérie, kurde, arabe et turkmène en Iran. Et cela avec la complicité « surprenante » de l’impérialisme US, qui a qualifié en février dernier le PJAK d’organisation « terroriste » (le PJAK est le parti de la libération nationale kurde dans la zone du Kurdistan contrôlée par l’Iran).

3) Mais… vous êtes antisionistes. Et l’Iran aussi, n’est-ce pas ?

L’Iran n’est absolument pas antisioniste. C’est une façade à l’antisémitisme.

Soyons pragmatiques : l’Iran soutient-il, oui ou non, la révolution nationale-démocratique arabe ?

Clairement pas. Il appuie les fractions les plus féodales en Palestine et au Liban. Il n’appuie pas la révolution arabe antisioniste et anti-impérialiste.

Comment le pourrait-il, alors que l’Iran est une gigantesque prison pour sa classe ouvrière et sa paysannerie, ainsi que pour ses minorités nationales ?

Nous considérons qu’il n’y aura absolument JAMAIS RIEN de positif dans le régime fasciste iranien.

4) L’ONU, au moins, lutte contre le racisme. N’est-ce pas positif ?

Pour toute personne qui essaie de comprendre de manière scientifique le monde actuel, l’ONU n’est pas un organisme neutre, épris de justice, flottant abstraitement au-dessus des États et des classes.

L’ONU est un terrain d’affrontement inter-impérialiste, que ce soit de manière idéologique (la conférence « contre le racisme »), légale (les résolutions de l’ONU), ou par la guerre (guerres civiles où les différentes factions sont armées par des impérialismes concurrents, interventions impérialistes, etc.).

En ce sens, le concept même de « conférence internationale contre le racisme » nous fait rire (très jaune), car le système de domination impérialiste sur le monde entier produit des idéologies racistes répondant à ses besoins, aussi bien dans les pays impérialistes eux-mêmes que dans les pays semi-coloniaux qui leur sont soumis.

Ce qui s’est produit à Genève était donc inévitable : impérialisme contre impérialisme, et de manière indissociable, racisme contre racisme.

5) Quels sont ces blocs impérialistes qui s’affrontent ?

Ce sont les mêmes que l’on a vu se cristalliser à l’occasion de la guerre en Irak : impérialisme américain d’une part, bloc impérialiste France – Allemagne – Russie d’autre part.

Au Proche-Orient, l’impérialisme US soutient ou contrôle directement : Israel, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, les Émirats, l’Irak, certaines couches au Liban et en Palestine, etc.

Le bloc impérialiste concurrent, dont fait partie la France, soutient ou contrôle : d’autres couches au Liban et en Palestine, la Syrie, et… l’Iran.

6) Quoi ? L’Iran n’est pas indépendant ?

Non, c’est un pays semi-colonial semi-féodal, un État pseudo-national. La pénétration impérialiste est gigantesque, tant par des pays comme l’Allemagne (deux tiers de l’industrie iranienne fonctionnent avec des machines allemandes) que bien sûr la France (présence de Total, de Peugeot, de Renault, des banques françaises, etc.). Sans oublier que Khomeiny avait lui-même été réfugié dans une villa de rêve en France avant de revenir en Iran pour la « révolution » de 1979.

En fait, les couches au pouvoir en Iran (comme au Venezuela etc.) servent non seulement à gérer l’exploitation du peuple iranien, mais également à exprimer les arrière-pensées et les idéologies des impérialistes qui les financent, impérialistes qui soit ne détiennent pas nécessairement le pouvoir politique dans leur pays, soit ne peuvent pas encore se permettre d’être explicitement antisémites.

7) Ah ! Donc l’Iran serait un pion de certains impérialismes ? Mais pour quoi ?

Pour la marche à la guerre impérialiste. Il faut voir le discours d’Ahmadinejad dans le contexte de l’affrontement inter-impérialiste, entre le bloc mené par les USA et le bloc France-Allemagne-Russie.

D’ailleurs, rien d’étonnant à ce qu’Ahmadinejad commence son discours en parlant du droit de veto à l’ONU, et le termine ainsi :

« Il est essentiel de réformer rapidement la structure du Conseil de sécurité, ce qui implique de mettre fin au droit de veto discriminatoire et de réformer le système financier et monétaire mondial actuel. »

Ahmadinejad exprime donc, comme « sous-traitant idéologique », la tendance à la guerre impérialiste pour le repartage du monde, seule issue de l’impérialisme pour résoudre la crise capitaliste actuelle.

Tendance à la guerre qui trouve, dans le bloc impérialiste France – Allemagne – Russie, l’antisémitisme comme expression idéologique, pour infiltrer et intégrer les masses dans les projets impérialistes.

Il est donc impératif de comprendre que l’Iran est devenu une « plaque tournante » de l’antisémitisme dans le monde, comme « dealer » qui refourgue une idéologie produite par nos impérialistes.

8) Mais au fait, pourquoi l’antisémitisme ? Pourquoi l’État iranien est-il antisémite ?

Tout s’explique par la nature de classe du fascisme iranien au pouvoir.

Le fascisme iranien est l’expression de la petite-bourgeoisie nationale iranienne et des couches féodales iraniennes. Ces couches ont produit historiquement une idéologie pour établir une pseudo-unité nationale et mener la « révolution islamique », qui est en réalité une fausse révolution dévoyant la révolte populaire de la fin des années 70, pour :

- d’une part sauver les bases matérielles de la féodalité iranienne, qui était visée par la « révolution blanche », un mouvement de réorganisation et de modernisation de la propriété, mené par la bourgeoisie compradore liée à l’impérialisme américain ;

- d’autre part casser les mouvements ouvriers puissants en Iran et prendre les devants contre une éventuelle alliance avec la paysannerie, qui aurait annoncé la révolution agraire, anti-féodale et anti-impérialiste.

9) D’accord… mais l’antisémitisme dans tout ça ? On a demandé quelque chose, nous ?

On y arrive, justement.

Ces couches sociales, conservatrices par nature, ont donc joué sur la culture islamique dominante dans les masses (paysannes, entre autres). D’où l’idéologie du fascisme iranien : l’islamisme nationaliste chiite, ultra-réactionnaire, avec un encadrement religieux ultra-rigide, et ultra-violent contre les femmes et les minorités nationales.

À cela s’ajoute nécessairement une idéologie de mobilisation fasciste des masses soi-disant contre l’impérialisme US. Une idéologie fatalement délirante-fantasmatique vue la nature de la petite-bourgeoisie. Une idéologie où les masses ne font pas l’histoire, où les complots sont le moteur de l’histoire universelle. Une idéologie petite-bourgeoise, à la fois contre la « finance mondiale » et contre la révolution populaire (« Le libéralisme occidental, comme le communisme, connaît son crépuscule », a dit Ahmadinejad la semaine dernière). Contre Rothschild et Lénine à la fois.

Cette idéologie de la petite-bourgeoisie iranienne pseudo-nationale, ce sera évidemment l’antisémitisme le plus forcené, masqué par un prétendu antisionisme.

10) Pourquoi n’entend pas tout cela en France ?

La réponse est dans la question : on est en France. Et la France est l’un des pays impérialistes dominant l’économie iranienne.

Ce que l’on entend en France, c’est :

- d’une part les « condamnations » des représentants de la bourgeoisie industrielle (Sarkozy et compagnie) qui sont actuellement plus ou moins au pouvoir en France, et qui sont en guerre interne contre la bourgeoisie financière française ;

- d’autre part l’admiration des franges les plus impérialistes de la bourgeoisie française, qui félicitent en réalité un pion de leur impérialisme.

11) Des noms !!!

Eh bien, d’une part le courant fasciste en France qui rêve soit d’un trip en solo de l’impérialisme français, soit de l’alliance jusqu’au bout avec les impérialismes russe et allemand (contre par exemple le courant fasciste des « identitaires »). Concrètement, c’est Soral et compagnie, les « nationaux-révolutionnaires », les ethnodifférentialistes (dont Kemi Seba), les islamistes, les antisémites délirants qui font du complot une vision du monde, etc.

Mais d’autre part, la grande majorité de la gauche « radicale » en France est à la remorque de l’impérialisme français et rêve d’une vraie « politique arabe de la France ». Cela tient à sa nature petite-bourgeoise. Cette « gauche radicale », totalement infestée d’antisémitisme, diffuse sans honte les positions antisémites les plus délirantes, ainsi que le discours d’Ahmadinejad, en fantasmant allègrement sur les « sionistes ».

Rien d’étonnant à ce que toute cette gauche de merde se fournisse chez les fascistes du « Réseau Voltaire » pour la traduction en français du discours d’Ahmadinejad (c’est également ce que nous avons reçu du lecteur nous demandant notre position).

12) Quelle importance pour le développement du fascisme, aujourd’hui en France ?

Concrètement, en ce qui concerne la France, l’Iran finance (avec la Syrie) un courant du fascisme français, à savoir Dieudonné – Soral – Faurisson.

Ainsi, le délirant Thierry Meyssan reçoit de l’argent des généraux syriens ; Dieudonné et Soral agitent des drapeaux iraniens quand ils ont besoin d’argent ; de même pour le réseau Voltaire ; le Centre Zahra de Yahia Gouasmi, d’idéologie islamiste chiite, est quasiment une organisation générée par l’Iran ; Faurisson a été invité par l’Iran pour sa conférence négationniste de décembre 2006 ; c’est une dessinatrice fasciste française qui a gagné le fameux concours iranien de caricatures antisémites.

Et ça ne date pas d’hier. En 1987, l’ambassade d’Iran à Paris a ainsi été prise en flagrant délit de financement massif de deux éditions négationnistes d’extrême-droite.

En réalité, c’est une combine pour l’impérialisme français pour acheter une bourgeoisie compradore en même temps qu’il finance indirectement ses brigades fascistes.

13) Le mot de la fin ?

Hapoel est matérialiste et pragmatique : l’Iran finance les fascistes, donc une personne soutenant Ahmadinejad est ou sera bientôt fasciste.

C’est simple.

Pour Hapoel, quelqu’unE qui considère que le discours d’Ahmadinejad a le moindre caractère positif est concrètement :
- unE ennemiE des peuples de Perse ;
- à la remorque de l’impérialisme français ;
- complice du renouveau fasciste en France.