E120 : un colorant issu du meurtre des animaux
Depuis quelques mois (au moins fin 2008), on parle d’une affaire de kashrut à propos du colorant rouge E120.
Cette affaire a été révélée par des bouchers juifs de Marseille, qui ont découvert la présence de E120 dans les merguez, les viandes hachées, les charcuteries, les keftas et les saucisses.
Concrètement, ce colorant serait commercialisé sous le nom « Adome » (= « אדום » = rouge) par une entreprise de Strasbourg, sous le contrôle du grand rabbinat de Strasbourg.
Il faut savoir que le colorant rouge E120, commercialisé aussi sous le nom de cochinéal, acide carminique, etc., est issu du meurtre des animaux, puisqu’il est tiré de la cochenille.
La cochenille est un insecte vivant sur les figuiers de Barbarie dans les régions désertiques des Andes, en Amérique du Sud, qui est séché au soleil puis filtré pour extraire le colorant rouge.
Ainsi, le Pérou est aujourd’hui le premier producteur de colorants de cochenille, à hauteur 80 % de la production mondiale. Il est important de comprendre que ce meurtre massif d’êtres vivants est donc totalement intégré aux mécanismes économiques de l’impérialisme, de la « mondialisation ».
En effet, d’une part, les 50 000 producteurs ne touchent actuellement que 10 % environ des revenus provenant du meurtre industriel de la cochenille, le reste allant à une poignée d’impérialistes, souvent américains et japonais en ce qui concerne le Pérou.
D’autre part, la recherche scientifique est totalement subordonnée aux besoins de l’impérialisme étranger, car les instituts et universités scientifiques du Pérou mettent en place des laboratoires visant à doubler ou tripler le rendement de l’extraction (et expérimentent fatalement leurs méthodes assassines sur des cochenilles).
Ainsi, une oppression ne va jamais seule : le meurtre industriel d’animaux est parfaitement imbriqué avec l’exploitation impérialiste des pays semi-coloniaux.
Actuellement, cette affaire de kashrut connaît un petit rebondissement, à l’approche de Pessa’h, rebondissement qui justifie en tout cas d’en parler sur des sites communautaires juifs, et encore plus sur Hapoel qui assume dans la vie quotidienne le refus de l’utilisation des animaux.
En effet, le site francophone du Rav Chaya (installé en Israel) a publié la semaine dernière une réponse au dit boucher, qui est relayée sur des sites communautaires. On peut consulter la question et la réponse ici.
Dans sa question, le boucher Rony Zaghdoun de Marseille crie assez justement son indignation devant le fait que seul le Grand Rabbinat de France permette la commercialisation de merguez colorées au E120, alors qu’il est notoire que ce n’est pas kasher.
Les analyses montrent ainsi clairement que, même dans des merguez très claires, il y a l’équivalent d’au moins 25 cochenilles par kilo de merguez : un seul cadavre ne leur suffit pas.
En réponse, le Rav Ron Chaya louvoie honteusement, dit que « les organismes de cacherout de haute gamme n’autorisent pas l’utilisation de ces colorants, mais néanmoins, au niveau de la loi stricte, ce colorant est autorisé ».
Cela est un pur mensonge, qui s’appuie soi-disant sur le « fait » que « on ne l’utilise que comme colorant et non comme nourriture ».
Il conclut en disant : « Il est donc tout à fait légitime que le grand Rabbinat de France qui est, bien évidemment, un organisme qui s’adresse au commun du peuple, l’autorise. »
Les arguments du rabbin ne tiennent pas une seule seconde devant une analyse un peu rationnelle (nous ne nous avancerons évidemment pas sur une analyse théologique).
Tout d’abord, si on n’utilise les cochenilles que comme colorants, alors c’est encore pire ! L’inutilité totale d’un tel meurtre est flagrante ! Les colorants sont utilisés par les capitalistes pour susciter de fausses envies, de faux besoins, jamais pour le bien-être des masses populaires, d’autant plus que les colorants peuvent être des causes de maladies en pleine expansion, comme le cancer.
Et que dire de la compassion envers les animaux ? Cette compassion est elle aussi une exigence populaire, particulièrement chez les jeunes femmes prolétaires, mais est « instinctivement » comprise par les genTEs qui ne s’accrochent pas à la routine du quotidien de la petite-bourgeoisie. Et cela d’autant plus qu’elle est inscrite dans les principes populaires du judaïsme. C’est cette compassion populaire juive avec des « créatures de D.ieu » que le rabbin foule aux pieds.
Enfin, la réponse du rabbin transpire tout le long un odieux mépris du « commun du peuple », comme il dit. En effet, soyons certainEs que lui-même, comme tous les membres du Consistoire, ne consommera pas de cochenille ; mais il accorde ce « droit » aux masses juives croyantes. Pourquoi ? Tout simplement par mépris d’une partie des masses populaires juives, par mépris de leur religiosité et de leur exigence de cohérence entre foi et pratique.
Bien que boucher de son état, Rony a donc mille fois raison de parler de « trahison » ! Quelle confiance accorder aux « responsables » religieux ?
En effet, pour ne rien assumer de leur interdiction théorique du E120, les dirigeants du grand rabbinat ont clairement mis en place une combine passant par Strasbourg, où le consistoire local met des tampons de kashrut (mais aussi le consistoire de Paris, semblerait-il), pour pouvoir ensuite inonder toutes les boucheries consistoriales de France de produits non kasher, doublement issus du meurtre d’animaux.
C’est ce qu’on appelle communément : un deal avec les capitalistes. Un deal maffieux contre la santé des masses, contre les exigences religieuses d’une partie des masses.
Évidemment, dans la vie quotidienne, les genTEs font leurs petits arrangements avec leur propre foi concernant la pratique religieuse : c’est simplement populaire.
Mais là, la hiérarchie rabbinique fait ses petits arrangements… avec les capitalistes ! Sur le dos des masses ! Et ça, c’est carrément anti-populaire…
CertainEs ne manqueront pas de nous accuser de jouer la division au sein de la communauté, de « récupérer » une révolte contre les combines rabbiniques. Mais nous n’aurons pas honte de répondre :
Chez HaPoel, on assume la compassion avec les animaux, et nous au moins, on mange vraiment kasher !





