Suite à la disparition du théoricien trotskyste Daniel Bensaïd, Hapoel a fait un bilan critique de sa démarche, de son style intellectuel, de son rapport à la culture.
Pour résumer, Bensa était une figure de l’intellectualisme « light » de la gauche radicale. Il était d’origine juive algérienne, mais oscillait entre négation et affirmation de son identité, sur des bases toujours abstraites et intellectuelles.
Eh bien Hapoel a trouvé le jumeau de Bensaïd, ou plutôt son « jumeau maléfique » : c’est Éric Zemmour !
Éric Zemmour aussi est d’origine juive algérienne, lui aussi a grandi dans un milieu populaire (à Drancy puis à Château Rouge), et lui aussi est un « intellectuel light » – non pas de la gauche radicale, mais de la droite radicale.
Par contre, ce « symétrique » de Daniel Bensaïd est bien plus médiatisé, ce qui en dit long sur deux aspects parallèles de la crise capitaliste : l’effondrement de la petite-bourgeoisie « de gauche », et la tendance au fascisme de la petite-bourgeoisie hystérique.
Ainsi, au lieu de se nier au profit de la gauche radicale, Éric Zemmour nie tout de sa culture juive pour pouvoir rentrer dans le moule du nationalisme français.
Idéologiquement, Zemmour est en effet un nationaliste français tout ce qu’il y a de plus classique.
Zemmour est élitiste, il considère les masses dans une posture purement consommatrice, il est anti-libéral, pour un État fort, pour les grands monopoles de l’impérialisme français, contre l’Europe et les États-Unis, considérant que l’impérialisme français doit faire cavalier seul.
Culturellement, Zemmour fonde tout cela sur la prétendue « grandeur » passée de la France de De Gaulle, ce qui en fait d’office un opposant à Sarkozy. De plus, il affirme que la culture française est supérieure aux autres, notamment à la culture américaine supposée porter la décadence libérale…
Concernant la question des minorités nationales en France, Éric Zemmour fait encore une fois figure de réactionnaire.
Dans sa perspective de nationalisme classique, il s’agit d’intégrer brutalement les minorités nationales, de les faire rentrer dans le giron de la république jacobine nationale-autoritaire.
Il est important d’insister sur ce point, car c’est un aspect qui n’est pas vu ou pas compris par de larges secteurs des masses juives, qui pourraient se laisser éblouir par les intervention de Zemmour à la télé – toujours très offensives et très « brillantes » du point de vue du nationalisme français.
La preuve absolue de sa négation brutale des minorités nationales, c’est qu’il n’a même pas fait le choix du sionisme. Autrement dit, quitte à ce que la minorité juive ait une idéologie nationaliste, Zemmour préfère que ce soit le nationalisme français plutôt que le sionisme.
En fait, Éric Zemmour constitue une « figure typique » : il incarne à merveille la figure du vendu, du juif plus français que français, plus blanc que blanc, et on pourrait même dire « plus royaliste que le roi »… puisqu’il a déjà donné une interview au journal de l’Action Française !
De même, il a déjà été interviewé par le magazine fasciste « Le Choc du Mois », et participé à une conférence organisée entre autres par les « identitaires ».
Dans sa tentative d’intégration au nationalisme français, Zemmour s’appuie sur un point doctrinal important : le nationalisme historique français n’est pas principalement racial (contrairement par exemple au national-socialisme allemand).
Dans cette doctrine, il peut donc exister certains éléments qui « transcendent leur race », ce qui explique par exemple la présence (très minoritaire) de personnes juives chez l’OAS, malgré le très fort antisémitisme des colons français en Algérie.
C’est dans cette brèche de la doctrine nationaliste française que s’engouffre Éric Zemmour, ce qui lui permet d’être adulé par l’Action Française d’aujourd’hui, alors que celle-ci est historiquement antisémite.
Et c’est justement là que s’est planté Zemmour, quand il expliquait très sérieusement sur Arte que « je suis de la race blanche, vous êtes de la race noire ». Car pour aucun fasciste racialiste, Zemmour ne ferait partie de la « race blanche »…
De même, dans une émission sur les maoïstes de France dans les années 1960 – 1970, Zemmour raille la soi-disant « névrose » des maos, expliquant que cela permettait que « les femmes veulent être des hommes », ou bien que… « le juif veut être un immigré » !
D’abord, Zemmour ne semble pas savoir que, si de nombreux intellectuels ont abandonné la révolution après la défaite de la Gauche Prolétarienne maoïste, la base ouvrière a quant à elle continué la lutte de manière plus diffuse, très loin de ce que Zemmour appelle une « mystique révolutionnaire », jusqu’à se fondre dans ce qui allait devenir l’autonomie offensive.
Ensuite, si on regarde Hapoel aujourd’hui, notre identité est tout le contraire de ce que prétend Zemmour : nous sommes bien pour la révolution, pour la révolution mondiale, mais notre existence même tient au fait que les minorités nationales sont une réalité objective (mais pas éternelle) que nous avons décidé d’assumer.
Enfin, et c’est là que c’est à mourir de rire, l’idée du « juif voulant devenir immigré » vient très précisément… d’un juif qui s’imagine tellement français qu’il dit « nous » quand il parle de l’époque de Napoléon !!!
Et cela est d’autant plus drôle que, justement, Zemmour ne supporte pas les gens qui s’assument, que ce soit culturellement, sexuellement, etc. Que surtout rien ne dépasse !
Mais exactement comme dans le cas de Daniel Bensaïd, la négation de soi se transforme paradoxalement en affirmation identitaire, mais abstraite et sans issue.
Dans le cas de Zemmour, cela se traduit par l’élaboration d’une stratégie ultra-réactionnaire visant à mobiliser les masses juives dans la voie de garage du fascisme, stratégie qui est synthétisée dans « Petit frère ».
« Petit frère » est un roman d’Éric Zemmour, sorti en 2008. Ce roman part d’un fait divers ressemblant étrangement à l’assassinat de DJ Lam.C, et met en scène un intellectuel juif « de gauche » qui va douter de son propre humanisme petit-bourgeois.
La thèse du livre, c’est en gros que l’antiracisme (qui pour Zemmour se résume idéologiquement à SOS Racisme) est une abdication de la France devant l’immigration (qui est en réalité une conséquence du pillage des pays opprimés par la France), et que la communauté juive est sacrifiée par lâcheté populiste et volonté de préserver la « paix sociale » (ce qui part d’une réalité, surtout dans l’affaire Lam.C).
La stratégie que propose Zemmour, c’est donc de raccrocher la minorité nationale juive à la remorque de la bourgeoisie bien française. Et même pas à la bourgeoisie traditionnelle de Sarkozy (comme le voudraient les sionistes, de l’UPJF à la LDJ), mais à la bourgeoisie française agressive, celle de De Gaulle hier et du fascisme demain.
Ce qui est terrifiant, c’est que cette proposition stratégique est l’exact symétrique de ce que disent Dieudonné, Soral et Gouasmi, le caractère totalement bouffon en moins…
En effet, eux aussi veulent raccrocher la minorité nationale arabe à l’impérialisme francais le plus agressif, en l’opposant à la minorité juive, et cela encore une fois au nom de la république française « éternelle » et du prétendu « anti-communautarisme ».
D’ailleurs comme par hasard, Soral et Zemmour ont au départ fait carrière dans l’anti-féminisme, et dans la justification intellectuelle du sexisme le plus barbare. Aussi, tous deux ont été des « intellectuels light », se présentant comme rebelles mais passant sans cesse à la télé – en bons produits de l’évolution réactionnaire française.
Le fascisme est un mouvement « protéiforme », où tout existe avec son « contraire ».
Les masses juives doivent donc comprendre que Zemmour, c’est un Soral pour les juifs ; et qu’il participe donc à l’encerclement idéologique et culturel de notre minorité par les fascistes, avec ses fantasmes ultra-républicains.
En fait, Zemmour est éloigné au possible de notre minorité nationale, par sa culture plus proche de Napoléon et De Gaulle que de n’importe quel élément culturel juif : qu’il se nie ou qu’il s’affirme juif, il reste abstrait et intellectuel.
Mais pour paraphraser le dicton populaire juif, Zemmour peut bien oublier qu’il est juif, les véritables fascistes se chargeront de le lui rappeler…
Feu sur Éric Zemmour, le vendu au nationalisme français !
Briser les tentatives d’intégration dans les mobilisations nationalistes !